MajesCast – S01E03 – L’icône, Visibilité & Présence

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Je rappelle la devise de Majestart : « Rendre Jésus visible ».

La peinture occidentale, au fil des siècles, a proposé un nombre considérable de tableaux représentant le Christ, son visage, son corps, dans des scènes liées à son histoire, racontées dans les Évangiles : en particulier des nativités, des crucifixions, des dépositions. Pour autant, Christ a-t-il été rendu visible ? Les artistes en ont proposé une image concrète, même si la Bible ne fournit aucune indication le permettant. 

L’Église qui a poussé le plus loin la représentation du Christ, de son visage surtout, n’est pas l’Église d’Occident mais celle d’Orient, l’Église orthodoxe, avec l’art de l’icône. C’est de celle-ci que je voudrais parler à présent : une icône rend-elle Jésus visible ?

La peinture occidentale chrétienne, en représentant le Christ, ne donne à voir qu’un signe de l’invisible.

Chez les orthodoxes, il n’en va pas de même. Ils ont une théologie de l’icône, que présentent de nombreux ouvrages, comme celui de Michel Quenot : L’Icône Fenêtre sur le Royaume (Les Éditions du Cerf, 2001). L’auteur écrit : « Pour l’Orient, l’icône est un sacramental de la présence personnelle, comme l’affirme le grand concile de 869-870 : ”Ce que l’Évangile nous dit par la parole, l’icône nous l’annonce et nous le rend présent.” »

Non seulement l’icône redoublerait la Parole de Dieu, mais elle aurait le pouvoir, surnaturel, de rendre présent. Serge Boulgakov le confirme, dans son livre : L’icône et son culte (1931) : « Selon la croyance orthodoxe, l’icône est le lieu d’une présence de la grâce, comme une épiphanie (manifestation) du Christ (ou de la Mère de Dieu ou des saints) (…) ; une aide peut se communiquer par l’icône comme si elle provenait de ceux qui s’y trouvent représentés. » Le problème est que, bibliquement, – si l’on admet l’autorité absolue de la Parole de Dieu, – l’Évangile n’a pas à être complété. Il n’y a rien à y ajouter, rien à en retrancher. La Grâce de Dieu ne s’est manifestée qu’en Jésus, et l’icône ne peut en être une médiatrice : « Car il y a un seul médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ-Jésus. » (1ère épître à Thimothée 2 : 5)

Le problème qui se pose ici est lié à l’articulation opérée entre deux notions : la visibilité et la présence. Dans l’orthodoxie, Christ vient à la présence (épiphanie) par l’image, dans l’icône. La foi chrétienne, fondée sur la Bible ne peut admettre une telle proposition. Il est impossible de justifier bibliquement l’idée de la venue à la présence de Christ, dans une image.

Cette théologie orthodoxe de l’icône lui prête encore d’autres vertus.

L’icône est aussi considérée comme purificatrice. Michel Quenot cite ce verset de l’Évangile de Luc (11 : 34) : « La lampe du corps, c’est ton œil. Lorsque ton œil est sain, ton corps entier est aussi lumineux. Mais dès qu’il est malade, ton corps aussi est ténébreux. » Il commente ainsi : « Ce verset de l’Évangile selon saint Luc nous ramène à l’icône, qui purifie et enseigne à développer le regard intérieur. » Cette affirmation est acceptable à condition d’en limiter la signification à une sorte de nettoyage du regard, qui peut effectivement être pollué par ce qu’il regarde. En effet, l’image n’est jamais présentée par la Bible comme étant sainte, et comme ayant un pouvoir de purification.

L’icône, enfin, participerait de l’Incarnation : « La vénération des icônes, affirme toujours Quenot , témoigne directement de l’Incarnation. Bien plus, l’icône du Christ participe à la personne du Modèle, prolongeant ainsi son incarnation. » Une icône, selon la Bible, ne peut ni « participer à la personne du Modèle », ni « prolonger l’Incarnation » du Christ. Il a tout accompli à la croix.

Alors, l’icône peut-elle tout de même ouvrir une voie ?

Dans l’icône, on a un phénomène d’inversion du rapport regardeur-regardé. Face à n’importe quel tableau, nous nous posons en tant que regardeur. Mais l’icône de visage, plus que n’importe quel portrait d’un être humain, et en particulier lorsqu’il s’agit d’icônes du visage du Christ, nous donne l’impression d’être regardé, d’autant que les créateurs de ces images s’efforcent souvent de créer un effet très puissant de captation du regardeur par le regard de la figure représentée. Percevoir cette sollicitation à la présence à ce qui nous regarde, nous disant, en quelque sorte : « Je vous regarde.  Regardez moi. » est positif.

Admettons que l’icône agit, mais comme un signe uniquement. Elle adresse une interpellation. Il est nécessaire de dissocier visibilité (du signe) et présence (réelle) du Christ dans et par l’image.

Dans la juste perspective ouverte par l’icône, « Rendre Jésus visible » par une œuvre d’art peut prendre pour signification le fait de relayer cet appel que Dieu adresse à l’homme depuis l’origine des temps, où il demande à Adam : « Où es-tu ? » (Genèse 3 : 9). L’œuvre d’art devient ainsi une sorte de convocation à la présence, à être vraiment « là », en face de l’œuvre, en face de ce qui vient à nous, par ce qu’elle montre.

Jean-Michel BLOCH

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